8

Isaac vint en début d’après-midi à Garance. Elizabeth lui demanda s’il voulait bien aller en ville avec elle. Francesca, ayant mal à la tête, préférait se reposer. Il accepta et tout deux partirent. En chemin, ils se racontèrent les derniers potins et s’amusèrent à imiter certaines personnalités de la ville.
- Pour te montrer à quel point ma vie est pathétique, je crois même que je plais au poissonnier !
Isaac éclata de rire.
- Tu vas finir avec lui ! A vendre des poissons sur la place ! « Qui veut du poisson ! Il est frais mon poisson ! », plaisanta son ami.
- Arrête ! C’est horrible !
- Et le soir, tu rentreras chez toi en puant la morue.
Il éclata de nouveau de rire.
- Et ton mari t’attendra avec un verre de la bière à la main. Il dira : « Alors ma sirène ! La pêche a été bonne ».
Elizabeth gémissait. Elle trouvait parfois l’humour d’Isaac de mauvais goût.
- Ohlàlà. Qu’est-ce que je peux être bête parfois, avoua-t’il enfin tout en continuant à rire.
Il y eut un moment de silence puis la conversation repartit de plus belle.
- Et ton cavalier alors ? Il s’appelle comment déjà.
- Connor.
- Connor, c’est ça. Tu l’as revu ?
- Malheureusement… oui.
Elle lui raconta l’histoire du café et combien il l’avait énervé.
- Dès que je l’ai vu, je me suis dit : « Hum… lui. Il n’a pas l’air net. », confessa Isaac.
- Arrête. Tu l’as seulement vu de loin. Il n’est même pas venu te saluer.
- C’est bien ce que je dis. Il nous a vu et n’a rien fait. Francesca m’a raconté ce qu’il s’est passé dans la librairie.
Il marqua une pause puis continua en disant qu’il l’aimait bien. Elizabeth sourit.
- Enfin ! Ce n’est pas trop tôt ! Tu vas vouloir être avec elle alors ?
- Oh ! exclama Isaac. Tu me connais ! Solitaire comme je suis, je ne préfère pas.
Au moment d’entrer dans la ville, Elizabeth s’arrêta net. Isaac la regarda étonné puis demanda :
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Je ne veux pas voir Connor. J’en ai marre de ses remarques, de ses regards hautains, de ses petits rictus. Il m’insupporte. Je ne veux pas le voir tu m’entends !
Elizabeth devenait hystérique. Rien que l’idée de voir son visage, d’entendre sa voix, de sentir son regard posé sur elle la brassait. Depuis qu’il était entré dans sa vie, elle se sentait mal.
- T’es obligée d’aller à la librairie ?
- Oui ! Je dois acheter un roman pour l’anniversaire de Jeanne.
Elle se tint le ventre et annonça qu’elle avait envie de vomir. Isaac trouva cela assez répugnant mais proposa de l’accompagner si elle le souhaitait.
- Non. Il va sortir une remarque stupide du genre : « T’es venue avec ton garde du corps cette fois-ci ».
- Viens. Je t’accompagne.
Ils avancèrent doucement vers la librairie. Elizabeth vit Connor par la vitrine et eut des nausées.
- Je ne peux pas. Désolée.
Elle rebroussa chemin quand Isaac la prit et la poussa dans le magasin. Connor la vit. Il eut d’abord un sourire puis aussitôt, l’air renfrogné.
- Tiens ! Tu as emmené ton garde du corps aujourd’hui ?
Elizabeth regarde Isaac et fit la moue pour le supplier de s’en aller. Mais il ne céda pas et alla regarder quelques bouquins. Forcée, Elizabeth se présenta au comptoir.
- Je suis venue chercher les romans que j’avais commandé.
Elle avait décidé de rester polie même s’il la provoquait. Elle avait vu juste. Connor ne fit rien mais la regarda, comme à son habitude. Elizabeth soupira et évita son regard. Ils restèrent tous les deux sans rien faire pendant un instant, mais d’exaspération, elle interrompit son supplice.
- T’as vraiment un problème toi ! Qu’est-ce que je t’ai fait…
Mr Aubert sortit de l’arrière boutique à ce moment-là.
- Elizabeth ? C’est toi qui parles de cette façon ?
Il semblait choqué. Elizabeth ne sut quoi répondre. Elle ne pouvait quand même pas accuser son neveu. Il ne lui avait rien dit. Soudain, quelque chose d’inattendu se produit.
- Mon oncle. Tout est de ma faute.
Elizabeth ne put le croire. Elle le regarda ébahie puis se tourna vers Isaac. Il était dans le même état qu’elle.
- Quoi ? chuchota-t’elle alors.
- Je l’ai provoqué. Elle n’a fait que se défendre. C’est tout.
Elizabeth n’arriva pas à en croire ses oreilles. Connor O’Donaill, ce personnage hautain, méprisant, calculateur, venait s’accuser de son comportement. Son oncle le regarda désappointé.
- Jeune homme, retournez dans l’arrière boutique. Nous allons avoir une sérieuse discussion.
Connor jeta un dernier regard à Elizabeth et obéit à Mr Aubert sans discuter.
- Je suis navré, s’excusa ce dernier, après que Connor ait fermé la porte. Depuis la séparation de ses parents, il vit une période très mal. Son père m’a demandé si je pouvais le garder un moment pendant que tout se passe. Il n’était pas comme cela avant. Connor a toujours été un garçon attentionné, calme, aimable et respectueux.
- Il a bien changé, répondit Elizabeth.
- Oui. Ne vous inquiétez pas. Il est comme ça avec tout le monde. Même avec moi. Avant, il me parlait sans problème. Mais maintenant… je ne peux rien lui dire. Il s‘énerve pour un rien.
Mr Aubert marqua un silence. Il baissa la tête et continua :
- Je ne sais plus quoi faire.
Elizabeth remarqua alors combien son libraire avait si vieux. Cela lui fit de la peine et sa colère envers Connor augmenta.
- Je ne peux pas vous aider Monsieur. Je suis désolée de vous dire, mais votre neveu a été énormément désagréable avec moi. Je n’ai pas envie de faire quelque chose pour lui.
Mr Aubert fixa alors Elizabeth puis sourit.
- Ce n’est pas à vous de l’aider. Il doit s’en sortir tout seul. Il doit surpasser tous ses problèmes.
Puis il retourna dans l’arrière boutique. La porte resta entrouverte, Elizabeth put apercevoir Connor assis sur les escaliers. Elle espérait qu’il n’est rien entendu. Mr Aubert revint avec ses romans. Elizabeth les paya puis partit avec Isaac.
- Connor était à côté de la porte.
- Tu crois qu’il a tout entendu ?
- Je n’en sais rien.
- Et s’il l’avait entendu ?
- Il saura alors que je ne l’aime pas.
Isaac eut un léger sourire puis il changea de conversation en disant qu’il avait trouvé un livre concernant l’Allemagne.

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