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Elizabeth n’avait pas cessé de se remémorer les paroles de Mr Aubert. Le divorce de ses parents excuserait-il le comportement de son neveu ?
- Ce n’est pas une raison.
Elle parlait quelques fois toute seule.
- Je ne lui ai rien fait !
Elle alla vers la fenêtre et regarda le champ en face d‘elle.
- Du moins… je pense.
Francesca entra dans la chambre en faisant une grimace.
- C’est aujourd’hui.
- Oui.
- Je vais m’ennuyer.
- Non. Ne t’inquiète pas.
- Mais Jeanne ne m’aime pas. Ça se voit quand elle me regarde. Son sourire est forcé.
- Ne dis pas de sottises. Elle ne te connaît pas. Je te l’ai dit.
- Elle n’a pas essayé.
- Toi non plus je te ferais dire.
- Si !
- Quand ?
- Ben…
- Tu vois. Jamais.
Francesca alla se mettre de la crème sur ses joues tandis quElizabeth emballa les cadeaux.
- Je lui ai commandé un livre. Enfin… non. C’est un auteur qui a rassemblé tous les exemplaires d’un journal.
- C’est lequel ?
- « Les News de Poupou ». Je ne sais pas si tu connais.
- Non. Jamais entendu parler.
- C’est peu connu, mais l’humour est excellent. Je te le conseille.
Louise ouvrit la porte en grand et cria :
- Ce soir les filles… fiieeeeeeesta !! Youhou !!
Puis referma la porte. Francesca et Elizabeth se regardèrent et éclatèrent de rire. Louise allait de son côté à une fête, tandis que les deux amies étaient invitées à l’anniversaire de Jeanne.

Sur la route, Francesca essaya de se défiler plusieurs fois, sans succès. Arrivée devant la maison de la reine de la soirée, Elizabeth fut époustouflée comme à chaque fois. Sa maison, si l’on pouvait l’appeler comme ça, datait du 18ème siècle. Rien qu’en la voyant, on pouvait ressentir toute son histoire et retourner dans le passé. Jeanne apparut sur le perron et vint les voir.
- Vous êtes enfin arrivées !
- Nous ne sommes pas trop en avance ?
- Non. Ça va. Vous êtes juste les dernières.
Elizabeth regarda Francesca d’un air ennuyé puis suivit Jeanne jusqu’à la salle à manger. Tous étaient là donc Paul Rauche, l’homme amoureux secrètement de Jeanne. Du moins, ça le fut à un moment. A force d‘attente, l’amour s’était envolé et Paul changea. Jeanne le remarqua enfin et l’apprécia. Amicalement du moins. Elizabeth aimait bien Paul. Ils parlaient souvent ensemble. Ils se montraient sincères. Paul lui demandait des conseils, lui racontait ses histoires concernant les filles, ainsi de suite. Au début, Jeanne vit d’un mauvais œil que ses deux amis se parlent, puis elle finit par l’accepter. Elizabeth avança vers lui et le salua :
- Bonjour Screu.
- Bonjour Eubs.
Elizabeth présenta Francesca à Paul et Paul à Francesca. Ils discutèrent un instant ensemble. Elle lui demanda si son histoire avec sa voisine avançait à grand pas mais il lui annonça que son cousin le rendait jaloux. Chaque fois qu’il venait chez Paul, c’était plutôt pour voir sa voisine et non lui.
- Sympa ton cousin dis donc.
- Mais depuis ce baiser et cette gifle, je m’abstiens de faire avancer les choses. Une gifle m’a suffit. Je ne reste que son ami.
- Ton cousin n’a pas à en profiter. Il sait que tu tiens à elle.
- Oui, bien sûr. Et dès que je les vois ensemble, quelque chose se passe au fond de moi. Je ne sais pas si je suis jaloux amoureusement ou amicalement. Je ne veux seulement pas qu’il s’approche d’elle.
Paul s’arrêta de parler, regarda dans le vide, puis but son verre. Il quitta alors les deux filles.
- Pourquoi il nous laisse ? Je veux connaître la suite ! s’exclama Francesca dépitée.
- Il est tracassé.
Elizabeth sourit et avoua qu’elle connaissait ce qu’il pouvait ressentir. Elle repensa alors à Adam et à sa « cousine ».
La fête se passa à merveille. Quand Jeanne ouvrit le cadeau d’Elizabeth, elle éclata de rire. Seule elle pouvait comprendre son sens. Elle passa une partie de la soirée à remercier son amie. Francesca voulait comprendre pourquoi le cadeau était si important mais Elizabeth lui répondit :
- C’est secret.

Elles rentrèrent vers une heure du matin et s’endormirent comme une masse.
Vers quatre heures du matin, Elizabeth entendit du bruit. Quelqu’un lançait des cailloux contre sa vitre. Elle ouvrit alors la fenêtre et reçut un caillou sur le front.
- Aïe ! Mais ça ne va pas bien !
- C’est moi.
Elizabeth cligna ses yeux pour les réveiller. Elle vit alors Connor soutenir Louise. Sans réfléchir, elle sortit dans le jardin pour les rejoindre. Connor portait Louise dans ses bras, endormie.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Elle a trop bu ? C’est ça ?
Connor ne répondit rien et commença à avancer vers la porte d’entrée.
- Connor ! Réponds-moi !
- Aide moi à la mettre au lit d’abord.
Elizabeth s’exécuta. Elle essaya d’enlever tous les moindres obstacles qui pouvaient entraver le passage de Connor. Une fois, Louise mise au lit, Elizabeth la regarda. Sa lèvre était coupée, sa joue commençait à enfler. Elizabeth commença à avoir les larmes aux yeux.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
- As-tu de la pommade ? On devrait lui en mettre sur sa joue.
- Dans les toilettes, sur l‘étagère à gauche. Ne fais pas de bruit !
Une fois Connor partit, Elizabeth remit des mèches de cheveux autour de l’oreille de sa sœur.
- Louise. Qui t’a fait ça ? demanda-t’elle en soupirant, sans attendre de réponse.
Connor fit du bruit avec la porte pour signaler sa présence. Le reflet de la lune lui éclairait une partie du visage. Son œil droit commençait à enfler. Il envoya la pommade à Elizabeth et sortit. Après avoir soigner sa sœur, elle réalisa qu’il ne lui avait rien raconté. Doucement, elle courra le rattraper. Il avait déjà dépassé le portail quand elle l’arrêta.
- Connor, l’interpella-t’elle essoufflée. Merci de l’avoir ramené.
Il fit un signe de la tête et commença à marcher. Elle lui prit son bras pour l’empêcher de continuer.
- Tu ne m’as pas dit pourquoi elle…
Son œil avait doublé de volume.
- Vous étiez dans cet état.
Connor inspira, réfléchit un moment et raconta la mésaventure que sa sœur avait subi ce soir-là. Après avoir consommé trop d’alcool, Brice et quelques amis à lui ont voulu abuser de Louise.
Connor ne dit rien de plus mais Elizabeth comprit qu’il s’était battu pour sauver sa sœur. Elle ne pouvait pas croire ce qu’elle venait d’entendre. Sa sœur. Sa petite sœur. Abusée. Elle éclata alors en larmes. Connor ne savait pas quoi faire. Il lui tapota alors sur l’épaule pour la consoler mais elle le prit par la nuque et l‘enlaça. Il avait sauvé sa sœur.
- Merci.
Ils restèrent ainsi, le temps des sanglots d'Elizabeth.

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